03.04.2008

Lettre au Ministre de la santé

Cet après midi d’octobre 2007, devant la mairie, de nombreux brestois, des élus de toutes tendances, des représentants d’associations étaient là, unis pour dire leur refus que soient supprimées les activités d’allogreffes de moelle osseuse pour enfants leucémiques et de neurochirurgie pédiatrique à l’hôpital de la Cavale Blanche…

Lors de la manifestation, terriblement émouvants furent les témoignages des parents, certains accompagnés de leur enfant, qui vinrent raconter leur épreuve ; et aussi parler du dévouement et de la compétence dont fait preuve le personnel de ce service de l’hôpital de Brest…

Ces appels n’ont pas été entendus. La décision a été prise le 1er avril 2008 par Monsieur Antoine Perrin, directeur de l'Agence Régionale de l'Hospitalisation de délocaliser les services des allogreffes et la neurochirurgie pédiatrique de Brest vers le centre de Rennes.

Cette décision est un mauvais coup pour ces parents déjà confrontés au drame de la maladie de leur enfant et qui devraient l’accompagner à Rennes ou Nantes; sachant que les traitements très lourds durent parfois plusieurs mois et que l’enfant a besoin de leur présence.

La suppression d'un tel service de proximité pour les enfants malades du cancer est humainement incompréhensible.

Nous demandons à Madame Roselyne Bachelot, Ministre de la Santé de ne pas entériner cette mesure non respectueuse des malades, des familles, et dénuée de toute logique économique

09.07.2007

L'accueil de nos anciens

La population vieillit.

Il y a quelques années, c’était déjà un véritable privilège de pouvoir accéder aux foyers logements. Les listes d’attente étaient longues, mais les personnes qui y entraient étaient plus jeunes et en bonne santé. Elles voulaient y passer leurs vieux jours, autonomes, mais entourées, dans une atmosphère chaleureuse. C’est d’ailleurs une réussite, car on vit très vieux, et dans la majorité des cas en bonne forme dans ces foyers logements. Ce qui est à porter au crédit des directrices, du personnel, tous très engagés, très attentifs au bien-être des résidents.

Des résidences de la ville vont être transformées en Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Mais celles qui sont en bonne santé et qui résident là depuis plusieurs années éprouvent des difficultés à accepter la nouvelle situation ; ce qui explique « l’agitation » actuelle à la résidence Louise Le Roux, due surtout à l’inquiétude des personnes concernées et de leurs familles. Ils sont les premiers à « essuyer les plâtres ». Et tout changement est par définition perturbant quand on n’est plus très jeune ; ne serait-ce que lorsqu’il s’agit d’effectuer des travaux indispensables ; même si tout le monde a été prévenu depuis longtemps des bouleversements à venir.

Cette évolution est nécessitée par les nouveaux besoins liés au vieillissement de la population. Grâce à l’APA (allocation pour l’autonomie), le maximum est fait pour maintenir le plus longtemps possible les personnes âgées à leur domicile. On entre donc de plus en plus tardivement en établissement (plus de 80 ans), et la plupart du temps quand la dépendance s’est vraiment installée. C’est la raison de la transformation des résidences Kermaria, Kerlevenez, et Louise Le Roux en Ehpad.

Et, problème de société crucial lié au grand âge, l’augmentation du nombre de personnes touchées par la maladie d’Alzheimer est impressionnante; d’où la nécessité de créer des structures spécifiques. Sans ignorer cependant que « le défi est tel que seule une mobilisation politique au plus haut niveau pourra résoudre les problèmes liés à la dépendance des personnes âgées».(Le télégramme du 9 juillet)

Mais, faut remarquer qu’il y a toujours beaucoup de demandes pour entrer en résidences (traditionnelles). Or, aucune mise en chantier n’a été faite depuis 1989.

Au niveau local, on peut tout de même agir. On sait qu’il faut compter plusieurs années entre les études et l’ouverture d’une résidence nouvelle. Alors, afin d’accueillir au mieux nos anciens, il faudra faire un bilan des besoins et probablement, envisager de construire à Brest de nouveaux foyers-logements qui seront en même temps des lieux d’animation dans les quartiers?

04.07.2007

Une catastrophe sanitaire et sociale

Qui n’a pas parmi ses connaissances, dans sa famille, des victimes de l’amiante ? Mais peu de gens connaissent l’historique de son utilisation et les temporisations qui ont mené à la catastrophe.

IL est utilisé depuis très longtemps ce « produit miracle »; un produit naturel (silicate de chaux et de magnésie) dont les qualités d’isolation thermique sont remarquables. Il est incombustible, inusable et pas cher; on en a donc mis partout, dans les bâtiments, les écoles, les automobiles, sur les bateaux, des appareils ménagers… En 1976, plus de 3000 produits étaient répertoriés « amiante »…

En Amérique du Nord il a été utilisé à grande échelle en fin du 19ème siècle… Mais ce matériau est connu depuis l’antiquité. A Rome, et probablement aussi en Grèce, ses fibres étaient tissées et on s’en servait comme linceul pour les rois et les grands personnages afin que leurs cendres ne se mêlent pas à celles du bûcher. Pline l’Ancien au premier siècle avant J.C. le considérait comme responsable d’une des maladies de l’esclave…

1906, en France ; par une note sur l’hygiène et la sécurité dans les filatures et tissages d’amiante, un inspecteur du travail M.Auribault, en dénonce déjà les dangers : il préconise d’appliquer la loi de 1893 qui prévoyait la ventilation et l’évacuation des poussières dans les établissements industriels… L’application de ces préconisations dans la seule filature de Condé sur Noiraut aurait sans doute diminué le nombre des victimes : 50 morts en 5 ans. Mais on pouvait encore confondre cette pathologie avec celle de la tuberculose.

Les Anglais sont les pionniers pour établir une réglementation (en 1931). Dans les années 70, il n’y a plus de doute sur le caractère extrêmement dangereux, pour ne pas dire maudit de ce minéral. Il va être interdit dans de nombreux pays d’Europe (Allemagne, Pays Bas, Italie, Suisse, Danemark, Suède, Norvège), aux USA également…

En France, des articles paraissent, reprenant les craintes de sommités lucides du monde médical. Ainsi dans le Télégramme du 20 juin 1973: « La poussière d’amiante apparaît comme un facteur cancérigène certain , a déclaré le professeur Bichat à Paris, au cours du congrès international de médecine et de chirurgie thoracique qui réunissait 300 spécialistes venus de 25 pays étrangers… »

En France, les premiers décrets de 1977 et 1978 (pour une meilleure protection des travailleurs et l’interdiction du flocage dans les locaux d’habitation) auraient pu laisser espérer une évolution. Pourtant les pratiques ne changent pas fondamentalement. Il n’y a pas eu de détermination majeure en matière de prévention, ni pour la santé publique en général.

20 ans de perdus. Et la structure qui est créée ensuite ne fera pas avancer les choses, au contraire ; elle cherchera surtout à temporiser. Les victimes sont en droit d’accuser ce Comité permanent de l’amiante qui se met en place en 1984.

Cet organisme a eu pour objectif d’arriver en France à un usage contrôlé de l’amiante et de la maîtrise des risques. Il affirmait notamment que l’amiante blanc ou chrysotile n’était pas plus dangereux que la laine de verre. Les faits démentiront dramatiquement cet avis.

Ce comité était pourtant composé de représentants du gouvernement, de l’INRS, de l’inspection du travail, de médecins du travail, des syndicats, et des industriels de l’amiante… Ces derniers impulsaient alors cette politique des matériaux « amiante » à usage industriel.

En 1994, il faudra la pression médiatique et la volonté d’un ministre de la santé (Elizabeth Hubert, médecin), pour que la loi du silence soit enfin brisée… Tout s’accélère. Les premières actions judiciaires de victimes sont engagées (en particulier dans un lycée technique de l’est de la France).

En 1996, 2 décrets paraissent, un pour le recensement obligatoire de l’amiante dans les bâtiments, un autre concernant la prévention pour les travailleurs ; et en 1997 c’est l’interdiction de ce matériau… Les chantiers de désamiantage d’écoles, de gymnases, d’usines, de navires, de chaufferies sont bien engagés… Mais ces opérations se poursuivent-elles actuellement avec autant de détermination ? Il faut dire que les programmes et leurs financements sont énormes. Ils restent cependant indispensables et prioritaires pour les matériaux dégradés.

Depuis de nombreuses années déjà, à DCN, les responsables hygiène et sécurité, des ingénieurs se sont mobilisés sur le sujet ; plusieurs chantiers de désamiantage ont été menés. Depuis longtemps des précautions sont prises, car on sait que c’est un travail délicat et dangereux. La plupart des bateaux de la marine nationale demeurent encore chargés. Même le Charles de Gaulle serait pourvu de matériaux à base d’amiante, et surtout de fibres céramiques réfractaires.

Ce qui ne veut pas dire que l’on court des risques en y mettant le pied, car seule la poussière est nocive.

En France, on a trop tardé ; la catastrophe sanitaire apparaît donc dans toute son ampleur, et les procès engagés par les victimes de l’amiante et les veuves se multiplient ... Il s’agit de faits terriblement graves humainement et socialement car ils ont trait à la santé, à la mort malheureusement de beaucoup de personnes qui ont été exposées professionnellement ou dans la vie courante.

L’obligation d’indemnisation ne peut être contestée. Or, actuellement, elle est de plus en plus minorée ; et l’inégalité de traitement (soulignée par l’ANDEVA) selon les tribunaux devant lesquels sont engagés les recours des victimes est particulièrement choquante.
Geneviève Henry, conseillère municipale à Brest