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04.07.2007

Une catastrophe sanitaire et sociale

Qui n’a pas parmi ses connaissances, dans sa famille, des victimes de l’amiante ? Mais peu de gens connaissent l’historique de son utilisation et les temporisations qui ont mené à la catastrophe.

IL est utilisé depuis très longtemps ce « produit miracle »; un produit naturel (silicate de chaux et de magnésie) dont les qualités d’isolation thermique sont remarquables. Il est incombustible, inusable et pas cher; on en a donc mis partout, dans les bâtiments, les écoles, les automobiles, sur les bateaux, des appareils ménagers… En 1976, plus de 3000 produits étaient répertoriés « amiante »…

En Amérique du Nord il a été utilisé à grande échelle en fin du 19ème siècle… Mais ce matériau est connu depuis l’antiquité. A Rome, et probablement aussi en Grèce, ses fibres étaient tissées et on s’en servait comme linceul pour les rois et les grands personnages afin que leurs cendres ne se mêlent pas à celles du bûcher. Pline l’Ancien au premier siècle avant J.C. le considérait comme responsable d’une des maladies de l’esclave…

1906, en France ; par une note sur l’hygiène et la sécurité dans les filatures et tissages d’amiante, un inspecteur du travail M.Auribault, en dénonce déjà les dangers : il préconise d’appliquer la loi de 1893 qui prévoyait la ventilation et l’évacuation des poussières dans les établissements industriels… L’application de ces préconisations dans la seule filature de Condé sur Noiraut aurait sans doute diminué le nombre des victimes : 50 morts en 5 ans. Mais on pouvait encore confondre cette pathologie avec celle de la tuberculose.

Les Anglais sont les pionniers pour établir une réglementation (en 1931). Dans les années 70, il n’y a plus de doute sur le caractère extrêmement dangereux, pour ne pas dire maudit de ce minéral. Il va être interdit dans de nombreux pays d’Europe (Allemagne, Pays Bas, Italie, Suisse, Danemark, Suède, Norvège), aux USA également…

En France, des articles paraissent, reprenant les craintes de sommités lucides du monde médical. Ainsi dans le Télégramme du 20 juin 1973: « La poussière d’amiante apparaît comme un facteur cancérigène certain , a déclaré le professeur Bichat à Paris, au cours du congrès international de médecine et de chirurgie thoracique qui réunissait 300 spécialistes venus de 25 pays étrangers… »

En France, les premiers décrets de 1977 et 1978 (pour une meilleure protection des travailleurs et l’interdiction du flocage dans les locaux d’habitation) auraient pu laisser espérer une évolution. Pourtant les pratiques ne changent pas fondamentalement. Il n’y a pas eu de détermination majeure en matière de prévention, ni pour la santé publique en général.

20 ans de perdus. Et la structure qui est créée ensuite ne fera pas avancer les choses, au contraire ; elle cherchera surtout à temporiser. Les victimes sont en droit d’accuser ce Comité permanent de l’amiante qui se met en place en 1984.

Cet organisme a eu pour objectif d’arriver en France à un usage contrôlé de l’amiante et de la maîtrise des risques. Il affirmait notamment que l’amiante blanc ou chrysotile n’était pas plus dangereux que la laine de verre. Les faits démentiront dramatiquement cet avis.

Ce comité était pourtant composé de représentants du gouvernement, de l’INRS, de l’inspection du travail, de médecins du travail, des syndicats, et des industriels de l’amiante… Ces derniers impulsaient alors cette politique des matériaux « amiante » à usage industriel.

En 1994, il faudra la pression médiatique et la volonté d’un ministre de la santé (Elizabeth Hubert, médecin), pour que la loi du silence soit enfin brisée… Tout s’accélère. Les premières actions judiciaires de victimes sont engagées (en particulier dans un lycée technique de l’est de la France).

En 1996, 2 décrets paraissent, un pour le recensement obligatoire de l’amiante dans les bâtiments, un autre concernant la prévention pour les travailleurs ; et en 1997 c’est l’interdiction de ce matériau… Les chantiers de désamiantage d’écoles, de gymnases, d’usines, de navires, de chaufferies sont bien engagés… Mais ces opérations se poursuivent-elles actuellement avec autant de détermination ? Il faut dire que les programmes et leurs financements sont énormes. Ils restent cependant indispensables et prioritaires pour les matériaux dégradés.

Depuis de nombreuses années déjà, à DCN, les responsables hygiène et sécurité, des ingénieurs se sont mobilisés sur le sujet ; plusieurs chantiers de désamiantage ont été menés. Depuis longtemps des précautions sont prises, car on sait que c’est un travail délicat et dangereux. La plupart des bateaux de la marine nationale demeurent encore chargés. Même le Charles de Gaulle serait pourvu de matériaux à base d’amiante, et surtout de fibres céramiques réfractaires.

Ce qui ne veut pas dire que l’on court des risques en y mettant le pied, car seule la poussière est nocive.

En France, on a trop tardé ; la catastrophe sanitaire apparaît donc dans toute son ampleur, et les procès engagés par les victimes de l’amiante et les veuves se multiplient ... Il s’agit de faits terriblement graves humainement et socialement car ils ont trait à la santé, à la mort malheureusement de beaucoup de personnes qui ont été exposées professionnellement ou dans la vie courante.

L’obligation d’indemnisation ne peut être contestée. Or, actuellement, elle est de plus en plus minorée ; et l’inégalité de traitement (soulignée par l’ANDEVA) selon les tribunaux devant lesquels sont engagés les recours des victimes est particulièrement choquante.
Geneviève Henry, conseillère municipale à Brest

Commentaires

J'ai déjà évoqué l'étude produite par nos soins (DR Bernard et moi-même,en 1974 auprès de l'INMA-Tours,Hygiène,Prévention et Médecine du Travail en Agriculture) et qui s'intitule :
"A propos de cas de pneumothorax spontanés en milieur rural : probléme étiologique =
celui de l'Asbestose"

Ce mémoire établi auprès d'une population "agricole",mais constituée d'Anciens de la "Royale",qui n'a eu aucun écho et n'en aura jamais,aurait pu,modestement,contribuer à l'évolution des comportements (Utopie certes,mais...) et,avec Thibaud-Mory plus tard,participer,avec l'appui nécessaire des medias, à la plus large information
--des services concernés
--de la Population.
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Parce qu'aujourd'hui, après des dizaines et des dizaines d'années d'empoisonnements,c'est scandaleux de voir le "je m'en foutisme" des tribunaux,des pouvoirs publics.

Misérables attitudes méprisantes des puissances d'argent,une fois de plus !!!

Miséres et solitudes des Familles,des Malades.

Heureusement que des Gens,motivés ,altruistes ,avec l'Association, et Monsieur Marhic ,avec toute l'équipe,oeuvrent et poussent des coups de gueule nécessaires.

Heureusement aussi que parmi les Elus,certains,conscients,se battent à leurs côtés.
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Pour en finir,avec ce douloureux probléme,non résolu(voir ,entre autres,Jussieu--) et le désamiantage :

Lors de la réunion à Brest du 14 Juin 2006,j'avais souligné l'impérieuse nécessité d'information trés large des populations exposées :

Ouvriers,Techniciens,Ingénieurs,
MAIS AUSSI,et SUR
TOUT,à mon avis,des Populations concernées =

C'est,en fait,toute une trés grande partie du Léon (Poussières transportées dans l'air et trés loin : voir les désastres à Asbestos au Canada,ou encore en Italie et en bien d'autres lieux de la Planète,là où les Gens "de peu" n'ont que leurs yeux pour pleurer,survivre et mourir !!!)--
Ce qui me faisait dire lors de la réunion en question ,que La Municipalité,Les Municipalités de la Zone de Travaux, devraient,avec l'aide importante des Quotidiens locaux,régionaux,écrits,télévisés,apporter tous les éclaircissements qui conviennent aux Populations concernées.

Et si l'Etat,comme il a été répondu,ne fait pas son travail, RIEN N'INTERDIT,BIEN AU CONTRAIRE, AUX RESPONSABLES SUR PLACE DE FAIRE CE TRAVAIL D'INFORMATION.

Parce que ce faisant,ils remplissent leur mission,et,de plus,associent pleinement les Personnes concernées aux projets,et,se sentant impliquées,celles-ci deviennenent des Partenaires des projets en question.

Pourquoi chercher loin et compliquer ce qui est simple plutôt que de simplifier ce qui est compliqué ?
.../
Cela dit,si on se concertait un peu plus,en se parlant avec respect,fraternité voire amitié,en faisant fi des idélogies diverses,
nous pourrions,ensemble et à coup sûr, avancer justement sur quantité de problémes qui intéressent la Communauté Brestoise et BMO.
Mais ça,ça parait difficile,sauf à ceux qui ont compris/admis la nécessité de nouer,renouer des liens Humains entre nous Tous,sans exception.

Ecrit par : Jean louis BARS | 04.07.2007

NB

A propos du titre de Notre étude de 1974 :
il faut ajouter à l'intitulé,pour être précis,car c'est important,techniquement :

"...Pneumothorax spontanés sur plaques pleurales calcifiées..."

Ecrit par : Jean louis BARS | 04.07.2007